jeudi 4 août 2022

Taïwan : Mais que cherchent donc les Américains ?


 

Nous avons déjà une guerre en Europe déclenchée par la Russie et que nous aurions pu éviter, nous autres pays occidentaux, si nous avions eu l’intelligence de ne pas isoler politiquement ce pays, mais au contraire de nous en rapprocher. Nous voici maintenant en route pour un autre conflit majeur avec la Chine qui vient d’essuyer une provocation, avec le déplacement à Taiwan de Nancy Pelosi Présidente de la Chambre des Représentants aux États-Unis, et qui réagit, posture ou non, de façon disproportionnée avec des manoeuvres militaires agressives !

 

L’histoire du monde a introduit de très multiples découpages et redécoupages des frontières de tous les pays à la suite des invasions, des annexions et des guerres, et la plupart du temps sans qu’il soit tenu compte de la volonté des peuples dont beaucoup ont ainsi été divisés. Même si ceux-ci aujourd’hui, nostalgiques et poussés par des responsables politiques irresponsables, expriment des aspirations pour des modifications territoriales visant à revenir à des frontières selon eux plus légitimes, seul le statu quo peut permettre de préserver la paix dans le monde.

 

Toute velléité de retour aux frontières passées, et quelles qu’en soient les raisons, entraine inévitablement des guerres dont les peuples concernés sont les premiers à souffrir ! Les répercussions sont considérables lorsque les belligérants sont les grandes puissances, surarmées, qui font courir le risque d’une guerre mondiale pouvant entrainer la destruction totale de notre planète !

 

Tous les efforts des responsables politiques sensés de ce monde devraient par conséquent porter sur la sauvegarde des fragiles équilibres de nos frontières actuelles, même quand ils réalisent qu'ils ont affaire à des dictateurs aux ambitions idéologiques illégitimes et démesurées ! Nous avons vu qu’il n’en était rien quand la Russie a envahi l’Ukraine, sans doute pour tenter de reconstruire progressivement ce que fut son URSS dans le passé. Nous le voyons aujourd’hui avec ce voyage américain provocateur à Taipei ! 

 

Taiwan appartient à la Chine jusqu’en 1949 quand les combattants chinois sont chassés du continent par les communistes et s’y réfugient pour faire perdurer la République de Chine. Ce nouveau pays qui s’est créé, s’est beaucoup développé depuis, au point de posséder une économie florissante et des quasi monopoles stratégiques de fabrication, dans le domaine des semi-conducteurs en particulier, dont dépendent à la fois, pour leurs industries, la Chine continentale et les États-Unis, mais aussi bien d’autres pays. 

 

Les enjeux sont donc à la fois d’ordre politique et stratégique. Mais ce pays n’a pu prospérer que dans un contexte fragile de consensus entre les nations qui a préservé la paix pendant plus de soixante dix années. Aucun grand pays n’a officiellement reconnu l’existence de Taïwan (seuls 14 petits pays minuscules l’on fait) par crainte de détérioration de leur relation avec une Chine qui a toujours considéré que ce territoire lui appartenait. 

 

On peut se demander d’ailleurs si cette absence de reconnaissance officielle de Taïwan n’était pas en soi pour tous les pays, Etats Unis compris, une acceptation tacite de la souveraineté de la Chine sur ce territoire ! Mais on peut aussi considérer qu’il s’agissait aussi d’une volonté permanente d’apaisement pour éviter de créer un conflit majeur avec Pékin !


Malgré les revendications réitérées de la Chine, le voyage de Nancy Pelosi à Taiwan est-il une preuve que la volonté de maintenir cet équilibre fragile serait en train de disparaitre chez nos amis américains ? En tous cas ce voyage du 3ème personnage de l'Etat est incompréhensible, car ce n'est vraiment pas le moment de montrer ses muscles ou de mettre de l'huile sur le feu !

 

 

Nota : Une absence est très remarquée dans cette effervescence actuelle, celle de l’ONU qui a pourtant été créée pour le maintien de la paix et de la sécurité internationale. En ce moment, son Secrétaire Général préfère passer son temps à violemment fustiger les super profits que font les grandes sociétés multinationales, notamment grâce à la guerre en Ukraine !!!

mercredi 3 août 2022

Le meurtre d'Al Zawahiri

 

 

Joe Biden vient d’annoncer, avec la fierté que l’on imagine, l’assassinat du leader d’Al QaÏda Al Zawahiri au moyen d’un drone, en Afghanistan où celui-ci résidait, et en toute violation du droit international. Après son fiasco récent dans ce pays, le Président américain espère bien sûr en retirer un avantage pour les élections à venir de Novembre prochain.

 

La disparition d'un grand criminel, co-auteur des attentats du 11 Septembre, ne fait certes pas de peine dans le camp occidental et chez nos amis américains en particulier. On ne sait si cela réduira dans l’avenir le terrorisme d’Al Qaïda où un nouveau leader devrait être vite trouvé, mais on peut craindre sans doute que cette organisation ne se livre à de nouveaux attentats pour montrer qu'elle continue d'exister et pour se venger ! Nous verrons bien ce qu’il en advient !

 

Cet assassinat pose quelques questions. Si l’on peut admirer le renseignement et la technologie américaines capables d’une telle frappe « chirurgicale » à distance, on peut aussi avoir un certain sentiment de malaise à l’idée que dans un état de droit, une telle action puisse être possible.

 

Joe Biden a déclaré pompeusement que "Justice était faite" ! Peut-on ainsi admettre qu’un chef d’état d’un pays démocratique quel qu’il soit, par ailleurs partisan du respect des « droits de l’homme », et quelles que soient ses motivations, puisse ainsi décider de lui-même de commanditer, sans aucun jugement préalable, le meurtre d’un individu, quelles que soient les culpabilités de celui-ci ? 

 

Lorsque certains dictateurs le font, ou lorsque la CIA le faisait discrètement dans le passé, ils sont ou étaient fortement condamnés ! Quel exemple donnons-nous aux nombreux pays à qui nous donnons couramment des leçons sur la démocratie et les droits de l’homme ? Faut-il considérer que notre conception des droits de l’homme et du droit international, est à géométrie variable ?

 

Un second malaise émane de cette action. Si aujourd’hui, grâce à une technologie de pointe et un armement très sophistiqué, un tel acte est possible, il faut s’attendre à ce que ces nouveaux moyens tombent un jour immanquablement dans les mains de groupes terroristes qui n’auraient alors plus besoin de sacrifier la vie de leurs combattants pour commettre des attentats dont l’efficacité apparait plutôt terrifiante et pourrait être décuplée !

 

C’est le monde que nous allons léguer à nos enfants et nos petits enfants. Nous ne pouvons qu’espérer pour eux que de tels actes ne se reproduisent pas trop souvent et qu'ils n'en soient jamais les victimes !

samedi 23 juillet 2022

Il faut construire des prisons en France !

 

 Les faits de délinquance se multiplient dans notre pays sans qu’aucune mesure sérieuse ne soit prise depuis des années par les gouvernements successifs pour les combattre. La récente action en plein centre de Lyon, et au grand jour, d’une bande de jeunes qui rossent spontanément et copieusement des policiers, pour venir au secours d’un jeune malfaiteur que ceux-ci s’apprêtaient à appréhender, déplace encore les limites supportables !

 

Si les causes de cette délinquance sont connues et bien identifiées, l’inaction de nos responsables politiques reste incompréhensible ! A un Espagnol à qui on demandait pourquoi il y avait moins de délinquants dans son pays que chez nous, celui-ci répondait récemment à peu près ceci : « C’est très simple ! Les immigrants venant d’Afrique ne restent pas en Espagne. Ils ne font que la traverser pour aller vivre dans une France beaucoup plus attractive, où ils sont soignés gratuitement, peuvent obtenir de l’argent sans travailler et surtout où ils savent qu’ils n’ont rien à craindre de la Justice ! ».

 

Au cours des années, notre pays a ainsi passivement accumulé sur son sol, des populations de jeunes étrangers qu’il n’a jamais su intégrer, et auxquels il est incapable de fournir des emplois. Comme le disait un chroniqueur, la conséquence est que ces jeunes ont tendance aujourd’hui à considérer les policiers comme une « armée d’occupation dans un territoire qu’ils ont conquis ! »

 

Et notre système judiciaire n’apporte aucune aide, faute de moyens ou de sévérité, ou même des deux ! Le jeune malfaiteur de Lyon qui venait d’arracher un collier en or du cou d’une passante, est reporté pour avoir déjà eu 18 citations dans les registres de Police ! Cette constante impunité est un encouragement à tous les délits comme nous avons pu le constater encore dernièrement aux dépens de supporters anglais détroussés, qui sortaient tranquillement à l’issue d’un récent match de foot au Stade de France.

 

Si nous n‘agissons pas dès maintenant, ces jeunes voyous vont s’en donner à cœur joie l’an prochain lors de la Coupe du Monde de Rugby en France ou durant les Jeux Olympiques l’année suivante, et donner au monde entier une image catastrophique de notre pays ! Un pays aussi touristique que la France ne peut pas se permettre durablement de laisser cette délinquance perdurer au risque de voir ses visiteurs diaparaitre !

 

Si l’application de sanctions très fermes n’est pas la seule solution, on pourrait néanmoins commencer par cela. D’abord en aggravant les peines pour les délits, mais surtout en les faisant systématiquement appliquer. Elles ne le sont pas aujourd’hui par manque de moyens d’incarcération, Eh bien il faut d’urgence en construire, pour faire appliquer la loi et toutes les décisions de justice, et ramener l’ordre et la sécurité dans notre pays ! Cela permettrait en même temps d’offrir des conditions de vie plus décentes aux détenus !

 

Mais pour cela il faut le courage politique de prendre la décision impopulaire de construire des prisons et de braver l’opposition des communes qui n’en veulent pas sur leur territoire !

Nous avons actuellement 60.000 personnes en prison en France, contre 2 millions de citoyens aux États-Unis. Même si l’on ne peut pas comparer nos deux pays car nous avons la chance de vivre dans une société plus apaisée que celle de nos amis d’Outre Atlantique, ceci met nos capacités d’incarcération par habitant dans le rapport de 1 à 7, un rapport qui laisse rêveur ! 

 

Emmanuel, vas-tu te décider à agir ? La solution n’est plus dans les paroles, ou les explications tendancieuses de ton Ministre de l’Intérieur et ses coups de mentons. Elle n’est pas non plus dans l’augmentation incessante du nombre de policiers pour interpeler des délinquants qui seront immédiatement relâchés par la Justice ! Seule une vraie sévérité judiciaire peut arrêter la progression inquiétante de ces actes délictueux ! 

 

Le temps presse, c’est maintenant à toi de jouer et tu auras une large majorité au Parlement pour te soutenir !

 

lundi 27 juin 2022

La Droite la plus bête du monde !

 

 Il s’agit bien du parti Les Républicains. Voilà un parti qui est resté longtemps au pouvoir, mais qui s’est étiolé progressivement depuis le quinquennat médiocre de son leader d’alors, Nicolas Sarkozy. 

 

Fortement implanté en régions, ce parti avait réussi à sauver les meubles en 2017 en restant le premier parti d’opposition à l’Assemblée et en gardant la majorité au Sénat ! Et puis les échecs s’accumulent au fil des élections du fait de stratégies calamiteuses comme par exemple la nomination de Valérie Pécresse comme candidate à l’élection présidentielle  pour des raisons purement partisanes, alors que Xavier Bertrand aurait fait une bien meilleure performance face à Macron, Président élu par défaut !

 

En 2022, ce parti est maintenant en 4ème position au Parlement derrière les extrémistes de gauche et de droite ! Mais il a une position clé car le Président n'a pas de majorité absolue à l'Assemblée, l'apport des 60 députés LR permettrait de faire une coalition de gouvernement, ce qu’il refuse avec fermeté.

On peut comprendre sa réaction épidermique car le président actuel a débauché depuis 5 ans nombre de ses membres, et qu’il lui est encore difficile aujourd’hui d’avaler cette couleuvre ! Nous avons donc droit à toutes sortes de déclarations ridicules comme « Nous ne sommes pas la roue de secours de ce gouvernement » ou encore « Nous ne servirons pas de béquille à Macron ! » On peut trouver cette attitude lamentable quand on sait que les deux programmes électoraux présentés ont énormément de points communs !

 

Qu’ont donc dans la tête les dirigeants de ce parti ? Quels objectifs poursuivent-ils ? Les électeurs qui ont voté pour ses représentants, l’ont fait en espérant qu’ils puissent gouverner leur pays et ils ont la possibilité de le faire en partenariat avec le parti majoritaire ! Ils sont certes très minoritaires, mais leur position stratégique au Parlement les met en très bonne position pour négocier et imposer certaines de leurs idées et d’établir des compromis avec la majorité, compromis d'autant plus faciles à trouver que les programmes sont similaires !

 

Qu’espèrent-ils en refusant de coopérer ? Créer une crise politique dans le pays qui amènerait une dissolution du Parlement avec pour conséquence un nouveau recul de leur parti ? Pensent-ils en priorité aux intérêts des Français qui attendent que le pays soit gouverné au moment où la situation économique de notre pays est très préoccupante, où beaucoup de nos secteurs sont en régression, où d'important problèmes de sécurité sont à résoudre, et qui par conséquence s'attendent à vivre des jours très difficiles ?

 

La France est le seul pays d’Europe où il est impossible de faire des coalitions de gouvernement. Le souvenir des errements de la 4ème République et le scrutin majoritaire ont fortement ancré cette mentalité ! Mais ce scrutin majoritaire, très décrié car il défavorisait les petits partis, fonctionnait bien quand il y avait seulement deux grands partis de gouvernement. Nous avons vu que maintenant, les autres partis ayant progressé, il se retourne contre ceux-ci !

 

Des coalitions seront donc inévitables dans l’avenir en France. Pourquoi ne pas commencer maintenant ? Espérons que le refus de LR n’est qu’une bouderie provisoire, ou une posture pour préparer une négociation prochaine. Il y va de l’intérêt de notre pays et de celui de la Droite qui, si elle ne change pas d'attitude, risque de porter longtemps cet étendard du parti le plus bête du monde !

dimanche 26 juin 2022

Contradictions américaines

 

La décision récente de la Cour Suprême des États Unis concernant l'avortement, n’en finit pas d’alimenter les chroniques, non seulement par son caractère très rétrograde, mais aussi par les incohérences qu’elle met en évidence !

 

On ne sait, même si on l’imagine d’après les déclarations de certains juges, à quels autres sujets cette Cour, éminemment conservatrice, va s’attaquer maintenant pour ramener ce pays vers des temps anciens ! Mais des contradictions flagrantes dans ces comportements apparaissent dès à présent.

 

D’abord il est surprenant d'entendre dire que deux des juges ayant pris position contre l’avortement, avaient lors de leur audition d’intronisation au Sénat, pris une position précisant qu’ils ne reviendraient pas sur cette législation. Dans un pays où les mensonges sont toujours considérés comme des crimes, malgré le précédent de ceux impunis de George Bush pour faire la guerre en Irak, ces deux juges, parjures, ne devraient-ils pas être démis de leurs fonctions ?

 

Il se trouve que le problème de l’avortement est maintenant remis dans l’actualité au moment où bat son plein le débat sur la possession d’armes par des particuliers, consécutif au massacre d’enfants dans une école du Texas.

 

Pour l’avortement, les juges viennent, par leur décision, d'annuler la référence à la Constitution pour reporter la légalisation dans chaque État du pays, alors qu’ils s’accrochent bec et ongles à cette Constitution pour défendre, au niveau fédéral, le droit de possession et de port d’armes par tous les citoyens américains. Comment peut-on expliquer ces décisions contradictoires si ce n'est pour des raisons purement politiques ?

 

Enfin, en revenant sur la légalisation de l’avortement, ils donnent raison à ceux qui prétendent qu’il est criminel de détruire la vie d’un foetus de quelques semaines, alors qu’ils maintiennent toutes les conditions pour que les détenteurs d’armes puissent continuer de massacrer de jeunes enfants dans les écoles ! Quelle est la logique ?

 

Ces considérations amènent à penser que le modèle démocratique américain a aujourd'hui du plomb dans l’aile et a besoin d'un sérieux dépoussiérage !

 

samedi 25 juin 2022

La Cour Suprême américaine

 

Elle vient de prendre une décision extrêmement contestée aux États Unis, qui agite aussi l’opinion en Europe, puisqu’il s’agit de revenir sur le droit à l’avortement, considéré par les femmes comme un droit essentiel depuis une cinquantaine d’années dans tous nos pays, et qui correspond à l’évolution de nos sociétés et de leurs mœurs !

 

Cette décision très largement condamnée et qui va avoir beaucoup de conséquences, est d’autre part attribuée à des juges ultra politisés et conservateurs, dont trois ont été nommés à dessein, il y a peu, par le Président Républicain Donald Trump. Tout le monde se scandalise sur le fait que des juges puissent ainsi revenir sur un droit fondamental !

 

Tout ceci est compréhensible, mais nécessite une analyse plus fine et objective, pour étudier les fondements de cette décision. D’abord il ne s’agit pas de l’abrogation d’une loi, mais de la suppression d’une jurisprudence basée sur une interprétation de la Constitution américaine.

 

Les Américains en effet ne sont jamais parvenus à réunir une majorité au Congrès pour légaliser l’avortement. L’Amérique est un pays profondément conservateur, très marqué par la religion, et le débat sur ce sujet est difficile car il oppose la liberté à la morale, les opinions de part et d’autre pouvant être considérées comme tout autant respectables.

 

Pour trouver une solution, la Cour Suprême de 1973, alors à tendance progressiste, s’était prononcée par son arrêté « Roe versus Wade » en considérant que "le droit au respect de la vie privée garanti par la constitution s’appliquait à l’avortement", établissant ainsi cette jurisprudence. Ceci donnait aux femmes américaines un droit qui n’était pas établi par une loi spécifique ! Cette décision avait d'ailleurs à l’époque également soulevé  beaucoup de protestations !

 

A la suite de nombreuses tentatives et recours d’associations anti-avortement depuis des années, il était donc possible pour les juges de la présente Cour, aujourd’hui fortement conservatrice, de revenir sur ce droit qui ne reposait que sur une simple interprétation d'un article de la constitution, rédigé à une époque où le problème ne se posait pas !


Il appartiendra maintenant à chaque Etat du pays, de décider d'une législation concernant l'avortement, ce qui introduira fatalement des disparités, des injustices, des changements à la faveur de  nouvelles élections ( le sujet étant éminemment politique) et des complications juridiques pour les citoyens américains.

 

Le vrai problème de nos amis d'outre-Atlantique n’est donc pas, à notre avis, de critiquer leur Cour Suprême, mais de se mettre d’accord entre eux pour rétablir la légalité de l’avortement par une vraie loi constitutionnelle. Mais cela leur est évidemment très difficile de la faire voter par leur Congrès, d'abord parce qu'une large majorité y est nécessaire et que le peuple américain est d'autre part très divisé sur le sujet !

 

On peut critiquer en général les juges, nous le faisons ici souvent, mais il faut bien comprendre que leurs décisions sont toujours basées sur les références juridiques que sont les lois ! Leur seule appréciation ou apport personnel réside dans l’interprétation possible des textes, lorsque ceux-ci, par leur imprécision ou leur généralisation, le permettent. Les législateurs ont, eux, pour rôle de bien les préciser ou de les modifier ! 


Des juges avaient rendu possible l'avortement il y a 50 ans, d'autres le remettent en cause aujourd'hui ! Ces deux décisions ont évidemment, on peut le regretter, un caractère très politique, mais il faut bien reconnaitre que les Congrès américains et leurs hommes de loi successifs, eux, n'ont  donc jamais fait leur boulot pour modifier la constitution en précisant ce droit et en le "verrouillant" !...si toutefois il existait une majorité claire chez les Américains pour ou contre l'avortement !  


Car une loi seule peut faire changer les mentalités. Beaucoup de Français étaient opposés en 1975 à la loi Veil sur l'IVG. Avec le temps cette loi a ensuite été admise dans notre pays, et plus personne n'en parlait aujourd'hui jusqu'à cette décision de la Cour Suprême américaine !


Les institutions américaines, pratiquement inchangées depuis plus de deux cents ans, ont eu de très grands mérites dans le passé pour assurer la gouvernance et la stabilité de ce grand pays. On peut se demander si elles sont toujours adaptées pour répondre aux problèmes du monde d'aujourd'hui, quand on constate qu'elles conduisent à un blocage d'une société dans laquelle le pouvoir exécutif fédéral est complètement paralysé et rendu impuissant par les décisions de juges politisés, ou par l'activisme de nombreux et très puissants lobbies !


En effet, avec la nécessité d'une majorité requise des deux tiers dans chacune des chambres pour voter une loi constitutionnelle, qui rend difficile toute modification, l'habitude a été de s'en remettre à la Cour Suprême qui fournit, à la demande, des interprétations de la Constitution faisant force de loi ! Ce fut le cas pour l'avortement, comme pour le mariage homosexuel et bien d'autres décisions.


Les inconvénients de cette pratique, de cette facilité, sont multiples. D'abord parce que le que le pouvoir législatif abandonne ainsi ses prérogatives à des juges, qui ont un parti pris politique, et qui ne représentent pas légitimement le peuple américain puisqu'ils ne sont pas élus !


Ensuite et surtout parce que les interprétations que font ceux-ci de la Constitution peuvent être très facilement modifiées, nous venons de le voir, lors des changements ultérieurs de la composition de la Cour Suprême !


Enfin parce qu'il faut admettre qu'en rédigeant la Constitution, les pères fondateurs étaient bien incapables de prévoir tous les problèmes auxquels la société devrait faire face deux siècles plus tard, et qu'il est par conséquent curieux de vouloir systématiquement s'y référer pour trouver les solutions aux problèmes du monde d'aujourd'hui !


Les pères fondateurs de la constitution voulaient que celle-ci dure des siècles, ils savaient qu'elle ne règlerait pas tous le problèmes du futur, mais ils ont rendu très difficile ses amendements avec l'obligation d'une majorité des deux tiers des votes des deux chambres du Congrès, avec en plus leur ratification par les trois quarts des Etats !


Les Américains qui se désespèrent de la décision de leur Cour Suprême, devraient réfléchir à cela, et surtout essayer de rechercher un consensus avec leurs compatriotes pour changer de système de décision pour une voie plus démocratique !


Mais il faut bien entendu regretter cette décision des juges qui n'ont pas compris qu'ils venaient inutilement de fracturer encore davantage une société américaineaujourd'hui très divisée !

 

mardi 21 juin 2022

La leçon des élections législatives


Pour la première fois depuis plus de 30 ans dans l’histoire de la Vème république, les Français ont décidé de ne pas donner la majorité au Parlement au Président qu’ils venaient d’élire, mettant celui-ci en difficulté pour gouverner le pays. Il est trop tôt pour prévoir ce qu’il va décider, mais ses options sont limitées !

 

Va-t-il diriger le pays avec un gouvernement minoritaire en recherchant des majorités de circonstance pour faire voter ses lois et ses budgets ? Cela peut fonctionner quelque temps, mais à terme, avec la montée fatale des frustrations et des mécontentements, une dissolution du Parlement deviendra inévitable, avec les risques qu’elle comporte pour le pouvoir en place.

 

Va-t-il tenter de bâtir une coalition qui est la solution normale dans toutes les démocraties ? Une seule semble possible avec le parti Les Républicains dont il a déjà débauché nombre des membres depuis cinq ans. Mais ce parti à priori refuse de coopérer, sans que l’on sache s’il s’agit d’une décision définitive ou d’une posture provisoire pour imposer ses idées !

 

Il n’y a que deux autres options qui ne sont pas réalistes et n’ont aucune chance de voir le jour à court terme, en tous cas : la démission du Président, comme l'avait fait Charles De Gaulle, ou la dissolution du Parlement, en imitant Jacques Chirac !

 

Nous sommes en droit de nous demander comment nous en sommes arrivés là ! La leçon de ces élections est à notre avis simple et évidente, elle explique également l’abstention massive des électeurs. Mais les hommes politiques qui ont exercé le pouvoir, ou qui l'exercent aujourd'hui, bien sûr ne la tireront pas ! 

 

Les Français sont fatigués d’élire des responsables qui ne règlent pas leurs problèmes et ne gouvernent pas leur pays ! Ils se désespèrent de voir la France et leurs conditions de vie continuer de se dégrader. Il y a cinq ans, ils avaient mis leurs espoirs dans Emmanuel Macron qui leur promettait de gouverner autrement, et qui avait changé complètement la donne politique en écartant les deux grands partis traditionnels qui se succédaient au pouvoir depuis toujours. Et puis après lui avoir donné tous les pouvoirs, ils ont été déçus par son action, sa gouvernance et constaté que ses résultats n’étaient pas plus brillants que ceux de ses prédécesseurs !

 

Ils ont donc décidé de le réélire par défaut en lui donnant une seconde chance, mais cette fois avec une configuration qui va redonner au Parlement le rôle qui doit être le sien, et avec lequel le Chef de l'Etat devra composer ! Le temps du chèque « en blanc » de cinq ans, donné à un Président qui décide tout seul, est cette fois terminé ! Cette volonté exprimée par les électeurs est donc très démocratique ! 

 

Le danger est d’avoir un pays ingouvernable. Cela va dépendre de l’esprit de responsabilité de nos parlementaires, maintenant en première ligne, qui vont devoir montrer s’ils font passer les intérêts de la nation avant leurs intérêts partisans ! Cette situation est préoccupante au moment où nous devons nous préparer à vivre des jours très difficiles avec les conséquences de la pandémie, de la guerre et d'une reprise de l'inflation !

 

Il faut donc souhaiter que la majorité parvienne à établir un gouvernement de coalition sur la base d’un programme négocié et précis. Ce serait d'ailleurs une nouveauté pour un Président qui s’est fait réélire sans vraiment faire de campagne et présenter son bilan, et son programme pour le quinquennat à venir !


En 2017, Emmanuel Macron avait promis, lors de sa campagne, de gouverner la France autrement: il ne l'a pas fait ! Réélu en 2022, il n'a plus de choix, il va être obligé de le faire maintenant !